RUSSIE : RADIOSCOPIE D’UNE CATASTROPHE

Avr 3, 2024

Cécile Vaissié*

* Professeure en études russes, soviétiques et postsoviétiques à l’université Rennes 2, Auteure, entre autres publications, de : Les Réseaux du Kremlin en France, Les Petits Matins, 2016; Le Clan Mikhalkov. Culture et pouvoirs en Russie (1917-2017), Presses universitaires de Rennes, 2019 ; Sartre et l’URSS, le joueur et les survivants, Presses universitaires de Rennes, 2023.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment la Russie en est-elle arrivée à ce que le politologue Boris Pastoukhov appelle « l’une des plus grandes catastrophes » dans l’histoire du pays (1) ? Le Kremlin a déclenché, le 24 février 2022, une guerre insensée contre l’Ukraine et y consacre des fortunes — on a parlé d’un coût de 7 milliards de dollars pour les cinq premiers jours (2) —, alors que, d’après des données de 2020, 30 millions de Russes n’ont pas de toilettes chez eux car ils ne sont pas reliés à un système collectif de canalisation (3), 40 % des hôpitaux n’ont pas de chauffage central, et plus de 30 % n’ont même pas d’eau chaude (4). Le rouble s’effondre ; l’économie russe se replie sur elle-même (5), accroît sa dépendance vis-à-vis de la Chine et est de plus en plus consacrée à la guerre — le budget que Moscou compte allouer à la défense devrait augmenter de 70 % en 2024 et dépasser les dépenses sociales (6). La Russie elle-même prétend fièrement vouloir se concentrer sur ses relations avec l’Asie, alors que, depuis Pierre le Grand au moins, elle n’a eu de cesse de se rapprocher de l’Europe. Des centaines de milliers de Russes — souvent jeunes et très bien formés — ont quitté le pays depuis février 2022, sans compter ceux qui en étaient déjà partis, sans faire de bruit, au cours des années précédentes — de 1,6 à 2 millions de personnes qualifiées entre 2000 et 2018, semble-t-il (7). La Russie souffre pourtant de sérieux problèmes démographiques et, d’après le New York Times d’août 2023, la guerre aurait déjà fait dans les deux camps près de 500 000 tués et blessés, majoritairement russes (8).

Cette guerre n’est toutefois que le symptôme, le plus criminel, le plus dénué de toutes perspectives, d’une évolution de la Russie, alors que beaucoup pensaient que celle-ci, après la chute de l’URSS, construirait à sa façon un État de droit et une économie de marché. Il importe donc de réexaminer ces trois dernières décennies qui ont marqué, non une progression vers la démocratie, mais un retour vers des pratiques liberticides, et de s’interroger sur les raisons de cet échec.

De nombreux Russes se posent ces questions, certains dans des livres — par exemple, ceux des journalistes Mikhaïl Zygar et d’Elena Kostyuchenko, déjà publiés en anglais (9) —, beaucoup sur les réseaux sociaux, et leurs débats témoignent souvent des impasses dans lesquelles se trouve leur pays. Le 11 août 2023, Alexeï Navalny, le plus célèbre prisonnier politique de Russie, a ainsi diffusé un texte qui a suscité bien des réactions et qui, en dépit de certains points contestables, lance des pistes de réflexion méritant d’être approfondies (10).

Un bilan ébauché par Navalny
Alexeï Navalny a dévoilé, pendant plus de dix ans, les pratiques de corruption au sein des élites russes et a été victime en août 2020 d’une tentative d’empoisonnement de la part du FSB. Sauvé en Allemagne, il a été emprisonné dès son retour à Moscou le 17 janvier 2021, puis de nouveau condamné à neuf ans, puis à dix-neuf ans supplémentaires de détention dans des conditions particulièrement strictes. Il est de plus en plus isolé : les lettres de sa femme ne lui parviennent plus, ou plus systématiquement, et trois de ses avocats sont en détention provisoire, inculpés de participation aux activités d’une communauté extrémiste (11), deux autres ayant pris la fuite. Dans le texte intitulé Ma peur et ma haine, Navalny tente d’analyser, sans cacher sa colère, ce qui a conduit la Russie au désastre actuel. Il y affirme « haïr » non pas la justice qui l’a condamné, les forces de l’ordre, le FSB ni même Poutine — rien de mieux ne pourrait être attendu d’eux —, mais ceux en qui il a cru jadis : les dirigeants politiques des années 1990 et leurs proches — Eltsine, ses collaborateurs et sa « famille », au sens propre et au sens mafieux du terme — qui, selon lui, ont gâché la « chance historique » qu’avait la Russie de devenir un pays démocratique et prospère. Non seulement ils ont offert le pouvoir à Poutine, mais ils avaient préalablement utilisé des procédés — corruption, falsification des élections, etc. — que le maître du Kremlin et les siens se sont contentés de développer par la suite.

Cette approche bouscule la représentation, courante dans l’intelligentsia russe, d’une rupture qui se serait produite en 2000 avec l’arrivée au pouvoir d’un ancien officier du KGB. Les problèmes seraient plus anciens, plus ancrés et, donc, plus difficiles à traiter. D’ailleurs, Navalny craint que la prochaine chance qui sera offerte à la Russie ne soit gâchée pour les mêmes raisons. Il souligne donc l’importance de principes moraux que devraient respecter « tous les partisans d’une voie européenne et d’un développement démocratique » : la fin ne justifie pas les moyens. Ce qui place l’analyse de la catastrophe russe dans un domaine éthique, et non plus seulement politique, économique ou social. Un débat s’est aussitôt enflammé sur les réseaux sociaux russes. Certains ont émis des doutes sur le
fait que Navalny puisse écrire depuis son lieu de détention. D’autres, cités dans l’article ou implicitement évoqués, ont nié résolument ce qui leur était reproché, contesté des faits précis ou réduit ce texte à une attaque contre une partie de l’opposition. De plus jeunes ont ironisé : tous les plus de cinquante ans craindraient d’être les prochains mis en cause, car ils ont tous été impliqués, à un niveau ou à un autre, dans les choix opérés pendant les années 1990. Mais presque personne n’a approfondi les deux questions posées par Navalny : que s’est-il passé sous Eltsine et pourquoi tant de Russes, hier et aujourd’hui, sacrifient-ils le bien commun à leur intérêt personnel ?


Les années 1990 : une illusion ?
Revenons-en à ces années 1990, censées avoir marqué une rupture. La crise économique et sociale a été violente, mais semblait indispensable pour transformer un système inefficace et à bout de souffle. En revanche, des libertés, inexistantes à l’époque soviétique et timidement réapparues pendant la perestroïka, se sont concrétisées : libertés de la presse, d’expression, d’entreprendre, liberté religieuse, pluralité politique, etc. Néanmoins, comme le rappelle Navalny, ceux qui se disaient « démocrates » dans l’entourage de Eltsine étaient tous des « anciens du Parti ou des jeunesses communistes ». Les élites n’ont pas été renouvelées, comme cela fut le cas en Tchécoslovaquie avec Vaclav Havel ou en Pologne avec les dirigeants de Solidarnosc. Certains oligarques qui émergeaient à cette époque avaient même pu poser les bases de leurs futurs empires parce qu’ils occupaient déjà des positions dirigeantes
dans les Jeunesses communistes, comme Khodorkovski, ou qu’ils bénéficiaient de relations haut placées au sein du système soviétique, comme Potanine (12).

Navalny estime que les équipes de Eltsine n’ont « même pas essayé de faire des réformes démocratiques évidentes », contrairement à ce qui s’est passé en Tchéquie, en Pologne, en Estonie et en Lituanie, qui, note-t-il, sont aujourd’hui des démocraties avec des salaires moyens bien plus élevés qu’en Russie. Si des réformes de fond n’ont pas été adoptées malgré les souhaits de la société, c’est, selon lui, parce que la majorité des élites russes étaient « corrompues et dépourvues de conscience » et craignaient, par exemple, qu’une justice indépendante ne les empêche de toucher leur part du magot : « Dans quel autre pays, tant de ministres d’un “gouvernement de réformes” sont-ils devenus millionnaires et milliardaires ? »

En 1999, les histoires de corruption, de détournements de fonds du FMI, de fuites de capitaux, de délits d’initiés impliquant des proches du régime, de collusion entre ceux-ci et le monde criminel, faisaient la une de la presse internationale. La Bank of New York aurait ainsi blanchi environ 10 milliards de dollars d’argent sale venu de Russie (13). Lorsque l’attaque contre l’Ukraine a été lancée, la fille de Eltsine et son mari — « Tania et Valia » — se sont réfugiés dans leur propriété de… Saint-Barth’. Parce qu’ils redoutaient les conséquences de telles révélations, tous deux avaient joué un rôle clé pour trouver à Eltsine un successeur qui ne créerait pas de problèmes à la « famille ». Soulignant l’enrichissement invraisemblable de celle-ci, Navalny note qu’elle n’a pu conserver ses biens, acquis de façon douteuse, qu’à la condition de se taire.

Au passage, il rappelle combien ces « années 1990 » ont, en fait, été brèves. Pour lui, les dirigeants russes avaient tout pouvoir entre 1991 et la fin de 1993 — ce qui est contestable pour qui a en mémoire les conflits permanents entre le gouvernement réformateur et le Parlement, à la fois communiste et nationaliste. Ces conflits ont d’ailleurs débouché sur une confrontation armée en octobre 1993 et le renforcement provisoire de Boris Eltsine. Juriste de formation, Navalny juge « idiote et autoritaire » la Constitution adoptée en décembre 1993 et alors perçue comme démocratique : elle confère au président les pouvoirs d’un monarque. Ce qui se dessine là, c’est une réflexion que Navalny n’aborde pas dans ce texte d’août 2023, mais qui a été explicite lors des manifestations de 2011-2012 : est-il préférable, pour la Russie, d’avoir un pouvoir centralisé — avec tous les risques de dérives que l’histoire du pays a amplement démontrés ou un pouvoir décentralisé, éventuellement inspiré du système américain ?

Navalny ajoute qu’un tournant a été pris dès 1994. Peu à l’aise avec le « politiquement correct », il parle de « tournant vers l’Asie centrale », une expression inadéquate par laquelle il entend désigner un éloignement du modèle démocratique européen.

Les élections de 1996
1994 : c’est le moment où les conseillers de Eltsine se sont rendu compte que ce dernier allait perdre les élections législatives et présidentielle face aux communistes. Ils ont donc conclu des alliances avec des oligarques : ceux-ci donnaient de l’argent au gouvernement dont les caisses étaient vides, et impliquaient leurs médias dans la campagne pour Eltsine. En échange, le gouvernement leur garantissait des conditions très privilégiées et non concurrentielles pour acquérir les principales entreprises du pays, notamment pétrolières (14). Là encore, deux débats au moins sont possibles. D’une part, valait-il mieux céder ces entreprises à des oligarques — les seuls à pouvoir les payer — ou ouvrir les enchères à des entreprises étrangères au risque de priver la Russie du contrôle de ses ressources ? D’autre part, ne fallait-il pas tout oser pour empêcher le retour au pouvoir de communistes ? Beaucoup l’ont cru à l’époque, dont Navalny.

Aujourd’hui, celui-ci estime que les présidentielles de 1996 ont été « l’un des événements les plus dramatiques » de l’histoire russe récente. Il dénonce les « médias indépendants » et « l’opinion publique démocratique » — les guillemets sont de lui — qui ont soutenu les manipulations de ces élections parce que, prétendument, « la fin justifiait les moyens ». De fait, ces élections qui nous paraissent lointaines ont marqué un virage. S’il ne semble pas y avoir eu de bourrages d’urnes comme ce sera le cas sous Poutine, les équipes de Eltsine n’ont reculé devant aucun moyen pour effrayer les électeurs. Alors que de nombreux Russes étaient désormais propriétaires de leur logement, elles ont apposé dans des immeubles de faux autocollants du PC : « Votre immeuble doit être nationalisé. » Elles ont aussi tourné des films qui mettaient en garde, sur fond d’images de destructions : « Personne dans la Russie de 1917 ne pensait qu’il pouvait y avoir une famine. Les communistes n’ont même pas changé de nom. Ils ne changeront pas leurs méthodes. Il n’est pas trop tard pour empêcher la guerre civile et la famine (15). » Elles ont eu recours à des astrologues qui évoquaient une guerre à venir, parlaient d’un « bateau satanique ayant apporté le corps de Lénine » et prétendaient que, dans le Mausolée, gisait non pas Lénine, mais son double, « nageant dans le sang d’enfants russes » (16). Il n’y a donc eu aucun débat d’idées, juste des manipulations d’émotions. Or, comme le reconnaîtra Gleb Pavlovski, l’un des principaux communicants du Kremlin entre 1995 et 2011, certains de ces procédés — l’utilisation d’acteurs, les fausses rumeurs, les images d’enfants morts — ont été repris à partir de 2013, ce « modèle de propagande tous azimuts » étant « utilisé chaque jour sur les télévisions poutiniennes » (17).

Par ailleurs, la population était débordée par ses difficultés économiques ou, pour certains segments au moins, séduite par les possibilités nouvelles qui s’offraient à elle. Elle s’est donc désintéressée de la politique. C’est ainsi que Eltsine a remporté sa seconde présidentielle. Vingt-cinq ans plus tard, le journaliste Mikhaïl Zygar consacrera à cette campagne un livre dont le sous- titre est Comment les élections ont pris fin en Russie en 1996 (18). Eltsine, malade et/ou alcoolique, n’était plus en état de gouverner et, déjà, ses proches réfléchissaient à celui qu’ils choisiraient pour le remplacer. Au terme de quatre années d’attente et d’inaction, la société russe n’a été que trop heureuse de voter pour le candidat qui lui avait été présenté, dès août 1999, comme « le successeur » et qui, au moins, était jeune (46 ans) et ne buvait pas.

Le KGB au pouvoir
Tous savaient, à l’époque, que Poutine avait fait l’essentiel de sa carrière au KGB et qu’il n’avait pas la moindre expérience politique, ni légitimité électorale — dans un pays où cette légitimité était rare. On ignorait encore, d’une part, qu’il avait commencé à s’enrichir dès le début des années 1990, alors qu’il coiffait, à la mairie de Leningrad, les relations économiques avec l’étranger, et, d’autre part, que l’administration présidentielle avait organisé un
« casting » — ce terme est employé — pour établir le profil du successeur recherché. Plusieurs candidats avaient été envisagés — une vingtaine, d’après Eltsine (19) — dont, semble-t-il, le cinéaste Nikita Mikhalkov (20). Le profil s’est précisé à coups de sondages : il fallait un Stierlitz (21). Ce héros d’une série télévisée soviétique des années 1970 est un officier des services secrets d’URSS infiltré dans le plus haut commandement nazi ; le regard froid et inexpressif, il n’en est pas moins sentimental et sauve son pays (22). Poutine pouvait incarner ce personnage : il a été choisi par la « famille » qui entendait le contrôler.

Il s’est toutefois émancipé très vite, et de façon visible à partir d’octobre 2003, lorsqu’il a fait arrêter l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski. L’étouffement des libertés démocratiques avait commencé dès 2000, avec la captation des médias d’un autre oligarque, Vladimir Goussinski, et il s’est accéléré au fil du temps (23). Poutine avait d’ailleurs annoncé ce qui viendrait, en se présentant comme un «tchékiste », un terme qui, après une dizaine d’années de révélations sur les crimes commis par cette structure — la Tchéka, ancêtre du KGB —, faisait froid dans le dos. Rapidement, il a placé d’autres « anciens » officiers du KGB à des postes clés, politiques et économiques. À ce stade, deux questions au moins se posent. La première a surgi vers 2002 ou 2003 dans une presse qui n’était pas encore pleinement muselée : ces « anciens » officiers avaient-ils la formation adéquate pour restructurer
l’économie du pays et y construire un État de droit ? Et y avaient-ils intérêt ?

La seconde question n’a longtemps été que chuchotée : le KGB-FSB s’était-il jamais éloigné du pouvoir ? Navalny considère que oui. Mais, pour le journaliste ukrainien Vitaly Portnikov, ce n’est pas Eltsine qui a ouvert la porte à un « ancien » du KGB : ce sont les officiers du KGB qui ont, pour un temps, laissé entrer Eltsine, afin de pouvoir construire discrètement une « verticale » « capable de diriger la Russie même après la fin de la carrière politique de Vladimir Poutine » (24). Portnikov se rappelle que certains — dont l’ancien dissident Sergueï Grigoriants — les mettaient en garde dès 1991, et il affirme désormais : « Dans les années 1990, nous étions littéralement entourés de tchékistes et de ceux qui, par naïveté ou par désir d’être plus près de l’argent et du pouvoir, permettaient de concrétiser le programme de construction d’un État tchékiste (25). » L’historien Yuri Felshtinsky exprime des positions similaires dans son interview au Monde du 3 septembre 2023 (26). Du complotisme ? Non. Les travaux de Catherine Belton (27) et d’Olga Krychtanovskaïa (28) ont démontré que le KGB avait supervisé les premières privatisations et les créations de banques. Puis des officiers du KGB se sont massivement reconvertis dans la sécurité de ces banques et de ces entreprises. Parce qu’ils avaient des connexions partout, des dossiers sur pas mal de monde, et qu’il valait mieux les avoir avec soi que contre soi. Voire, parce que les véritables patrons, c’étaient eux. Portnikov souligne, comme Navalny, qu’il n’y a eu aucune lustration et que le KGB est resté globalement intouché, « avec ses milliers d’agents et ses millions de dénonciateurs » (29). D’ailleurs, dès juin 1994, l’ancien dissident Alexandre Podrabinek titrait un article à la une de son journal à petit tirage : « La renaissance du KGB ». Pour lui, cette organisation « repren[ait] des forces » : « Elle est indestructible, elle se relève même après de lourds coups, elle est éternelle. Comme la mafia. Peut-être qu’elle est la mafia (30) ? » Puis, à partir de 2000, les « anciens » du KGB ont envahi les postes de pouvoir. Or, souligne Navalny, quelqu’un issu du KGB-FSB ne peut souhaiter autre chose que se construire une énorme maison et mettre en prison tous ceux qui lui déplaisent. Il n’y a pas de quoi s’en étonner ni s’en indigner : ils sont ainsi faits.

La propagande des « polit-technologues »
Ces anciens tchékistes ont eu l’habileté de s’entourer de « polit-technologues » : des spécialistes de communication politique qui citaient des philosophes postmodernes tout en renforçant la « verticale du pouvoir » — l’un des premiers slogans qu’ils avaient attribué à Poutine. Ils s’habillaient bien, prétendaient adorer le rock et le théâtre d’avant-garde, fréquentaient les bars à la mode et, en dignes héritiers des idéologues d’antan, développaient des moyens modernes pour manipuler la société. Les équipes de Poutine ont, non pas interdit les partis concurrents, mais créé de nouveaux partis, contrôlés par l’État : il s’agissait de donner l’impression qu’une opposition existait. Pavlovski reconnaîtra que, avant même 2004-2005, tout ce qui restait de concurrence dans le champ politique
avait été écarté, alors qu’il « n’y avait là pas la moindre nécessité », puisque rien « ne menaçait Poutine » (31). D’autres structures devaient maintenir l’illusion du fédéralisme, tandis que les pouvoirs, délégués par Eltsine aux provinces, étaient repris par Moscou. Des outils étaient remis en place pour surveiller la société dans une logique autoritaire, voire semi-totalitaire : le contrôle des médias, les restrictions des mobilisations sociales, l’embrigadement dans des organisations de jeunesse. Parallèlement, l’industrie du spectacle était en expansion, le « glamour » et les désirs de consommation, encouragés. Les « polit-technologues » s’attachaient à vider les discours de leur sens ou, plutôt, à multiplier les discours et les sens. Désorientée, atomisée, la société devenait incapable d’agir.

Il y a eu des coups d’accélérateur dans ce contrôle accru de la société par le Kremlin — après la prise d’otages de Beslan en septembre 2004, par exemple — et des périodes où certains pouvaient croire à une libéralisation — pendant la présidence de Medvedev de 2008 à 2012, même si c’est aussi l’époque de la guerre contre la Géorgie et si des évolutions plus souterraines se poursuivaient. En 2007, Gleb Pavlovski a ainsi publié un livre intitulé Les Ennemis de Poutine : sept « ennemis intérieurs » de lacRussie — des politiciens d’opposition et des oligarques explicitement nommés — étaient associés auxcsept péchés capitaux (32). Ce genre de livre faisait renaître l’image de l’ennemi, intérieur et extérieur, divisait la société et répandait l’idée que certains se réjouissaient des échecs de la Russie. Toujours à partir de 2007, les mêmes communicants ont, avec leurs équipes, rédigé des manuels scolaires qui déformaient l’histoire du pays, réhabilitaient insidieusement Staline et justifiaient les répressions
politiques (33). Le terrain aura été préparé pour que Poutine puisse jouer sur les ressentiments et les
peurs.
D’autant qu’après les manifestations de 2011-2012 contre le retour de Poutine à la présidence celui-ci a durci le ton, se coupant aussi de plus en plus de ses partenaires occidentaux. L’annexion illégale de la Crimée a suivi, menant, neuf ans plus tard, à l’attaque massive de 2022.

Une économie dans l’impasse

L’économie russe est aujourd’hui très fragile, et pas seulement à cause des sanctions occidentales (34). En 2016, l’économiste Vladislav Inozemtsev estimait que les privatisations — « considérées en Russie comme le principal mérite du pouvoir dans les années 1990 » — avaient créé un « système » dans lequel des oligarques ont la priorité sur tous les autres entrepreneurs. Dès lors, une entreprise unique jouit d’une domination écrasante dans chacun des principaux secteurs — le pétrole, le ciment, etc. —, empêchant de nouveaux acteurs d’apparaître. En particulier, poursuivait Inozemtsev, « les démocrates des années 1990 », contrairement aux dirigeants chinois, ne se sont pas servis des investisseurs russes et étrangers de façon à accroître la richesse générale. Pour l’essentiel, les seuls à pouvoir s’enrichir étaient ceux à qui des actifs économiques étaient attribués, et ces attributions étaient décidées par le Kremlin (35).

À partir de 2003, celui-ci s’est réapproprié les pans les plus juteux des ressources nationales et les a redistribués à ses proches. Les actifs confisqués à Khodorkovski ont ainsi été récupérés par une compagnie pétrolière publique dirigée par Igor Setchine, collaborateur de Poutine depuis le début des années 1990. Setchine n’est pas un oligarque comme Khodorkovski, mais lui et les autres peuvent se servir dans ce qui est désormais un « pot commun » (obchtchak), à condition de reconnaître la primauté de Poutine. Plus généralement, les proches du Kremlin ont le droit de s’approprier de fabuleuses richesses — dans le cadre des actions militaires en Syrie par exemple, ou d’expropriations en Russie —, mais ils doivent aussi financer certains projets de l’État : au début, l’achat de collections d’art, puis les Jeux olympiques de Sotchi et, aujourd’hui, la guerre contre l’Ukraine (36). Et il s’avère que leurs intérêts sont trop liés à ceux de Poutine pour que des luttes de palais débouchent sur un changement de cours politique.

Extrêmement importantes, les inégalités sociales ont crû en Russie au cours des vingt dernières années : près de 50 % de la richesse totale appartient à 1 % de la population (37). Certes, la situation économique s’est améliorée dans les années 2000 grâce à l’augmentation du prix mondial du baril de pétrole. La société a été encouragée à consommer pour ceux qui le pouvaient et, pour les autres, à regarder une télévision bien plus attrayante qu’à l’époque soviétique, c’est-à-dire à ne pas s’intéresser à la politique. Néanmoins, l’économie s’appuie trop sur les ressources naturelles, et son rythme de croissance a ralenti entre 2010 et 2022 ; le poids et l’inefficacité de l’État sont des freins, et la propriété privée n’est pas inaliénable, ce qui gêne les initiatives et explique que les gens riches — pas uniquement les oligarques — aient placé à l’étranger au moins une partie de l’argent gagné en Russie, ce que la guerre contre l’Ukraine semble avoir changé.

Proche de Poutine depuis longtemps, Alexeï Koudrine, ministre des Finances entre 2000 et 2011, a lancé de sévères mises en garde entre 2017 et 2019, et appelé à prendre des mesures rapides pour moderniser aussi bien les « forces de production » que la « qualité de la direction ». Chiffres à l’appui, il démontrait que la Russie était moins bien équipée en technologies de pointe que l’Occident, innovait moins et n’avait pas su s’imposer sur les marchés de l’informatique. Il proposait donc une liste de « réformes structurelles », y compris sur le rôle de l’État : pour lui, le « système de direction » n’était plus efficace (38). Il fallait, selon lui, rendre le système politique russe plus démocratique afin de permettre à l’économie de sortir de la stagnation (39). Il a confirmé en février 2019 que la Russie avait quarante ans de retard sur les pays développés en matière de productivité du travail et que l’économie russe était dans l’impasse, en grande partie à cause des lenteurs et des incompétences des dirigeants politiques (40).

Pratiquement aucune des mesures qu’il proposait n’a été appliquée. Aussi bien la guerre contre l’Ukraine que la rupture avec l’Occident sont des aberrations économiques qui vont à l’encontre de la modernisation nécessaire, même si elles boostent pour l’instant le plein emploi et certains indices (41). Les conséquences sont et seront dramatiques.


La corruption

Elles le seront d’autant plus que la Russie demeure gangrenée par la corruption — au sens large de détournements et d’appropriations d’argent indu. Les dirigeants n’ont aucun intérêt à combattre cette vieille pratique russe : ils sont les premiers à en bénéficier. L’ONG Transparency International établit chaque année un classement de la « perception » du niveau de corruption dans les institutions publiques. En 2022, la Russie est classée 137e sur 180, non loin du Mali ou du Paraguay, le pays le moins corrompu occupant la première place, et la France la 21e (42). La Russie, qui pointait déjà au 133e rang sur 176 en 2012, obtient les plus mauvais résultats de tous les pays européens, et, selon Transparency International, « la corruption [y] est endémique (43) ».

Quelques exemples, parmi bien d’autres, permettent de prendre la mesure du problème. Comment, voire pourquoi, Mikhaïl Lessine, ministre des Médias entre 1999 et 2004, a-t-il pu s’acheter un yacht de, dit-on, 40 millions de dollars et des biens immobiliers à Los Angeles pour au moins 28 millions de dollars, tout en détenant, selon le sénateur américain Roger Wicker, des comptes offshore aux îles Vierges britanniques et des « actifs de plusieurs millions » en Europe, amassés du temps où il était encore fonctionnaire de l’État russe (44) ?

Comment Evguénia Vassilieva, chef du département des biens du ministère de la Défense jusqu’à l’été 2012, maîtresse — épouse, aujourd’hui — d’Anatoli Serdioukov, ministre russe de la Défense entre 2007 et 2012 (juste avant Sergueï Choïgou), a-t-elle pu acquérir, outre son appartement luxueux au cœur de Moscou (le père de la jeune femme dira le lui avoir offert), les 60 000 pierres précieuses (diamants, rubis et autres) pour un poids de 19 kilos — seulement 51 000 pierres précieuses et 19 kilos d’or et de platine, selon la Komsomolskaïa Pravda… — retrouvées chez elle lors d’une perquisition le 25 octobre 2012, à côté de plus de 3 millions de roubles en liquide, de montres précieuses et de tableaux (45) ?

Inculpée pour escroquerie, blanchiment d’argent issu d’activités criminelles, excès et abus de pouvoir, Vassilieva a été condamnée à cinq ans de camp en mai 2015 : elle aurait vendu et détourné des biens du ministère de la Défense, causant à l’État une perte de 647 millions de roubles (46). Mais elle a été libérée dès août 2015. Quant à Serdioukov, il n’a pas été jugé, et, s’il a dû quitter son poste de ministre, il a poursuivi sa carrière dans des entreprises de Rostekh, holding publique très impliquée dans l’élaboration et la vente de technologies militaires. Ce n’est pas tout : en août 2022, l’équipe de Navalny a établi que Rouslan Tsalikov, l’un des vice-ministres de la Défense, et sa famille possèdent un capital immobilier de 5 milliards de roubles, sans commune mesure avec leurs salaires (47). En décembre 2022, cette équipe a diffusé un nouveau film, Guerre et fête. La vie glamour de Timour Ivanov, vice-ministre de la Défense. L’héroïne en est l’épouse de ce vice- ministre, Svetlana, dont le train de vie luxueux serait financé par l’argent que son mari détournerait sur les travaux de l’armée et/ ou par les « rétrocommissions » qu’il percevrait dans le cadre de marchés placés sous sa supervision (48).

Des enquêtes de ce genre, Navalny et ses collaborateurs en ont réalisé beaucoup. Elles expliquent l’enrichissement invraisemblable des proches du Kremlin : de Dmitri Medvedev, de Vladimir Iakounine qui présidait jadis le Dialogue franco-russe aux côtés de Thierry Mariani, du procureur Tchaïka et de ses fils, de Poutine lui-même, et de nombreux autres. Elles permettent de comprendre pourquoi l’armée russe n’a pas « pris Kyiv en trois jours », mais aussi pourquoi tant d’hôpitaux russes sont en si piteux état et pourquoi le salaire mensuel moyen était, en 2022, de 62 652 roubles, soit moins de 700 euros, si l’on considère généreusement qu’un euro valait environ 90 roubles en 2022 (49).

C’est pour détourner l’attention et tenter de ressouder la société que les autorités proposent des projets aussi « grandioses » que fantasmagoriques : « récupérer » la Crimée, lutter contre « les nazis ukrainiens », défendre la patrie contre un Occident « menaçant »…

Violence et répression

Alors que des « anciens » du KGB occupaient de plus en plus de postes clés et s’appropriaient d’appétissantes fortunes, les pratiques répressives reprenaient à l’encontre de ceux qui osaient exprimer un désaccord, ne serait-ce qu’en manifestant ou en menant des activités politiques. Les assassinats aussi — une vieille technique soviétique — se sont multipliés : ceux de journalistes (Iouri Chtchekotchikhine, Anna Politkovskaïa, etc.), de politiciens (Boris Nemtsov et d’autres moins connus), de Russes considérés comme des opposants, des adversaires ou des « traîtres », à commencer par Alexandre Litvinenko, à Londres. Il faut éliminer les audacieux, enfermer ceux qui, tels Ilia Iachine, Vladimir Kara- Murza et d’autres, plus nombreux qu’on ne le pense, disent, dans la Russie actuelle, que la guerre contre l’Ukraine est une « guerre » et qu’elle est insensée. Il faut faire peur aux Russes de l’intérieur comme à ceux qui ont émigré.

D’autres États tuent également ? Sans aucun doute. Mais, en Russie, d’une part, ces pratiques se sont accrues à vue d’œil et, d’autre part, elles se produisent dans une population qui, comme toutes celles jadis incluses dans l’Union soviétique, a été victime de violences extrêmes de la part de l’État, voire y a participé : exécutions arbitraires et déportation de millions de personnes. Une sorte de continuité s’affirme là, alors que les responsables et les exécutants des répressions soviétiques n’ont jamais été sanctionnés. Pas un. Du moins, pas pour cela.

L’idéologue Vladimir Soloviev qui, chaque jour, éructe sa haine de l’Ukraine, des Ukrainiens et de l’Occident à la télévision russe, mais qui exprimait des positions différentes quelques années plus tôt, a ainsi écrit, dans un livre publié en 2007, que celui qui n’a ni pouvoir, ni argent, ni relations, n’est rien aux yeux de ceux qui travaillent pour l’État :

« On lit, dans leurs yeux de fonctionnaires la certitude qu’il est facile de vous transformer en poussière de camp. La mémoire génétique travaille et on est d’accord : “Oui, je suis de la poussière de camp.” Et tu comprends qu’en fait personne dans notre pays n’en a rien à faire de ta vie. Que personne ne se souciera jamais de tes enfants, de ta femme, de tes parents (50). »

C’est pourquoi, en Russie, contrairement à ce qu’imaginent de nombreux Occidentaux, le « chacun pour soi » prime : il s’agit de survivre et d’aider son cercle proche à survivre dans un contexte hostile. Cela implique de ne pas trop se faire remarquer et de trouver, si possible, un protecteur puissant. Les Russes post-soviétiques sont des êtres traumatisés, qui connaissent mal l’histoire de leur pays et celles de leurs familles, et ont vécu dans la violence, les mensonges, les silences et la conviction que la vie d’un individu ne vaut rien. Et l’on voudrait qu’ils s’organisent politiquement et ne saisissent pas, pour une partie d’entre eux au moins, la chance immédiate d’améliorer leur propre sort ? En détournant de quoi s’acheter une villa à Saint-Barth’, pour les plus chanceux, ou en s’installant en Occident ?

Oui, les crimes communistes ont été partiellement dénoncés en URSS pendant le dégel, mais brièvement. Oui, ils l’ont été de nouveau pendant la perestroïka, mais ce processus s’est effiloché dès le début des années 1990. Des Russes continuaient toutefois à mener des recherches et à publier des textes sur ces répressions. L’association Memorial était particulièrement active dans ce domaine, mais elle a été dissoute de force, juste avant l’attaque contre l’Ukraine, et certains de ses membres sont en prison.

Cet énorme travail d’histoire et de mémoire devra être repris, et il devra inclure de nouvelles pages sur les crimes commis par des Russes en Ukraine, en Géorgie, en Syrie, en Tchétchénie et ailleurs. Le chantier sera immense.


En guise de conclusion
C’est pourquoi Alexeï Navalny insiste sur l’importance de « principes éthiques », négligés aussi par certains des opposants actuels à Poutine. Il s’inscrit ainsi dans la lignée des dissidents russes des années 1960-1980, de ces dissidents qu’il lit et cite souvent, mais aussi, quoi qu’on en dise actuellement, dans celle d’une grande partie de la littérature russe du XIXe siècle. Ce n’est qu’en renouant avec ces principes éthiques que la Russie pourra affronter son passé et ses démons, présenter ses excuses aux peuples victimes de ses agressions et leur verser des réparations. Jusque-là, elle demeurera un danger pour ses voisins et ses propres populations.

(1) https://meduza.io/feature/2023/08/14/navalnyy-obvinil-eltsina-i-ego- sovremennikov-v-tom-chto-
rossiya-poluchila-putina-mnogie-prinyali-eto-na-svoy-schet-i-vydvinuli-vstrechnye-pretenzii.
(2) https://www.aa.com.tr/fr/économie/des-estimations-évaluent-le-coût-de-la- guerre-russe-en-ukraine-à-plus-de-20-milliards-de-dollars-par-jour/2522535.
(3) Voir : « Po uši. Specproekt Novoj gazety », 5 mars 2020, https://www.youtube.
com/watch?time_continue=24&v=cVzHH94ftMY&feature=emb_logo. En anglais, avec
photographies : « Russia is Struggling with a Shitty Problem. Literally », hromadke international, 19
avril 2020, https://en.hromadske.ua/posts/russia-is- struggling-with-a-shitty-problem-literally.
(4) « V 40 % rossijskix bol’nic i poliklinik net central’nogo otoplenija, bolee, čem v 30% otsutstvuet
vodoprovod », Èxo Moskvy, 27 février 2020, https://echo.msk.ru/ news/2595524-echo.
html?fbclid=IwAR25cYlRTy9MM3PbB9l8mQehsHzBP3fbUshHyJSxY_qE_ n9zwx3CCesdIi8.
(5) https://www.zonebourse.com/cours/devise/US-DOLLAR-RUSSIAN- ROUBL-
2370597/actualite/Explicatif-Sang-tresor-et-chaos-le-cout-de-la-guerre-de- la-Russie-en-Ukraine-
44039015/.
(6) https://www.geo.fr/geopolitique/russie-economie-de-guerre-vladimir-poutine- vide-industrie-russe-
main-oeuvre-defense-penurie-travailleurs-ukraine-217553.
(7) https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/03/16/un-autre-exode-a-commence- celui-de-la-classe-
creative-de-russie-les-forces-vives-du-pays-s-en-vont-poussees-a- l-exil-par-la-guerre-de-
poutine_6117752_3232.html.
(8) https://www.nytimes.com/2023/08/18/us/politics/ukraine-russia-war-casualties. html.
(9) Zygar Mikhail, War and Punishment. The Story of Russian Oppression and Ukrainian Invasion,
Londres, Weidenfelf & Nicolson, 2023. Kostyuchenko Elena, I Love Russia: Reporting from a Lost
Country, Londres, Penguin Press, 2023.
(10) En russe : https://navalny.com/p/6651/?fbclid=IwAR0wamprIAjSTmOUE
N3JKhkWEZXc8VUFYOy0A9xvzLjX2FXZAeghdijdpXI. En anglais : https://
navalny.com/p/6652/?fbclid=IwAR0hexCqWcMhtuB8YsCUDTgqu310IqJ9B-rur-
QAzK90RYWheCrWq1yrDjw.
(11) https://zona.media/news/2023/11/16/advokaty_.
(12) Vaissié Cécile, « Poutine, chef des oligarques », in Ackerman Galia et Courtois Stéphane (dir.),
Le Livre noir de Vladimir Poutine, Perrin & Robert Laffont, 2022, p. 346-362.
(13) Voir Le Monde.
(14) Voir notamment le film de Madeleine Leroyer, 1996, Hold-up à Moscou, 2021 ou le livre de
Mikhaïl Zygar : Vse svobodny. Istorija o tom, kak v 1996 godu v Rossii zakončilis’ vybory, Moskva,
Al’pina, 2021.
(15) Zygar’ Mikhail, Vse svobodny, op. cit., p. 311-314.
(16) Krastev Ivan, Èksperimental’naja rodina. Razgovor s Glebom Pavlovskim, Moskva, Izdatel’stvo
Evropa, 2018. Bookmate, p. 176-177 / 222.
(17) Ibid., p.177 / 222.
(18) Zygar’ Mikhail, Vse svobodny, op. cit., Moskva, Al’pina, 2021.
(19) Film de Vitalij Manskij, Les Témoins de Poutine, 2018.
(20) Vaissié Cécile, Le Clan Mikhalkov. Culture et pouvoirs en Russie (1917-2017), Presses
universitaires de Rennes, 2019, chapitre 8.
(21) Bekbulatova Taisija, « Dissident, kotoryj stal ideologom Putina », Meduza, 9 juillet 2018,
https://meduza.io/feature/2018/07/09/dissident-kotoryy-stal-ideologom- putina. Krastev Ivan, op. cit.,
p. 77 / 222.
(22) Voir : Vaissié Cécile, « False Nazis and True Chekists, Treacherous Allies and Close
Enemies:The Soviet Series Seventeen Moments of Spring », in Maguire Lori (dir), The Cold War and
Entertainment Television, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing, 2016, p.107-120.
(23) Vaissié Cécile, « L’écrasement des médias, des ONG et des opposants dans la Russie poutinienne
», Ackerman Galia et Courtois Stéphane (dir.), op. cit., p. 300- 318.
(24) https://www.svoboda.org/a/tenj-lubyanki-vitaliy-portnikov-o-pisjme-alekseya-
navaljnogo/32546236.html?fbclid=IwAR1FYTynHbPQ8-_qXkaAFaK9B9iGtpOgr
9C5tHT7llYRKkC0E5G4V-besNA.
(25) Ibid.
(26) https://www.lemonde.fr/international/article/2023/09/03/yuri-felshtinsky- historien-rien-ne-
changera-en-russie-tant-que-les-services-de-securite-n-auront-pas- ete-
demanteles_6187595_3210.html?fbclid=IwAR3bzLxcfRlYKn10FIK2mi_Lu xdq KWz 46 Y1 Pm
HKR 3 m CUJjd 79 b R 7 Wi Uuq Zg# xtor=AL- 32280270 –

%5Bfacebook%5D-%5Bios%5D.
(27) Belton Catherine, Putin’s People. How the KGB took back Russia and the took on the West,
London, William Collins, 2020, e-book.
(28) Krystanovskaja Olga, Anatomija rossijskoj èlity, Moskva, Zaxarov, 2004.
(29) https://www.svoboda.org/a/tenj-lubyanki-vitaliy-portnikov-o-pisjme-alekseya-
navaljnogo/32546236.html?fbclid=IwAR1FYTynHbPQ8-qXkaAFaK9B9iGtpOgr 9C5tHT7llYRKkC0E5G4V-besNA. (30) Podrabinek Aleksandr, « Vosroždenie KGB », Èkspress-Xronika, 17 juin 1994, n°24 (358), p. 1. (31) Bekbulatova Taisija, op. cit. (32) Danilin Pavel, Krystal’ Natal’ja ; Poljakov Dmitrij, Vragi Putina, Moskva, Evropa, 2007. (33) Le premier de la série est : Filippov A.V., Novejšaja istorija Rossii 1945-2006 gg. Kniga dlja učitelja, Moskva, Prosveŝenie, 2007. (34) https://www.euractiv.fr/section/all/opinion/comment-la-russie-maquille-ses- comptes-publics- pour-amoindrir-la-visibilite-des-sanctions//?fbclid=IwAR1tAGKy RyaqjZNgUERPcXwxq7jKr1uqD2AsOZm8gxS2_z7N_34JDubX_zM. (35) https://www.obozrevatel.com/blogs/57136-istoki-putinizma/amp.htm?fbclid=I wAR3cD3o4G9QobYX6hG4sqaIzm7uKjSVpwmiorB4y7tAfkc-FIx0S_63Yi6Y. (36) https://www.proekt.media/guide/russian-war-oligarchs/. (37) https://epthinktank.eu/2022/04/22/human-development-in-putins-russia-what- the-data-tell- us/income-and-wealth-inequalities-in-russia-over-time/. (38) https://tvrain.tv/lite/teleshow/lectures_on_the_rain/ne_kolichestvo raket-445684/.
(39) https://www.kommersant.ru/doc/3579103.
(40) https://www.mk.ru/economics/2019/02/28/rossiya-otstala-ot-razvitykh-stran- po-
proizvoditelnosti-truda-na-40-let.html?fbclid=IwAR3fohCkuLouSRoMDHV qO-
8JFDMz31Pow8lr3KjCcvfCqSvIE_-k2cZJz2E.
(41) https://www.ft.com/content/dc76f0bb-cae2-4a3a-b704-903d2fc59a96.
(42) https://www.transparency.org/en/cpi/2022
(43) https://www.transparency.org/en/news/countering-russian-kleptocrats-wests- response-to-assault-
on-ukraine.
(44) Vaissié Cécile, « Mikhaïl Lessine (1958-2015), de Russia Today à Hollywood », Desk Russie, 25
juin 2023, https://desk-russie.eu/2023/06/25/ils-ont-fait-le- poutinisme-mikhail-lessine.html.
(45) « Evgenija Vasil’eva. Ministersvto Oborony », Rulenta, 26 octobre 2012, http:// ru-
lenta.com/proisshestviya/evgeniya-vasileva-ministerstvo-oboroni-000070892. html. « Otec Vasil’evoj
soobŝil, čto sam kupil dočeri kvartiru v Moločnom pereulke v Moskve », Vedomosti, 12 décembre
2012, https://www.vedomosti.ru/library/
news/2012/12/12/otec_vasilevoj_soobschil_chto_sam_kupil_docheri_kvartiru_v. Baranec Viktor, «
Pri obyske v kvartire Evgenii Vasil’evoj iz’’jali 51 000 dragocnnyx kamnej i 19 kg zolota i platiny »,
Komsomol’skaja Pravda, 4 octobre 2013, https:// www.kp.ru/daily/26141/3031245/. « Serdjukov
rasskazal, za čto vzjal Vasil’evu v minoborony », BBC News, 15 janvier 2015,
https://www.bbc.com/russian/ russia/2015/01/150115_serdyukov_oboronseervice_court.
(46) « Evgenija Vasil’eva otozvala žalobu na prigovor », RBK, 31 juillet 2015, https://
www.rbc.ru/politics/31/07/2015/55bb20c29a79473c4599aad0.
(47) « Komanda Naval’nogo našla u sem’i zamestitelja Šojgu nedvižimost’na neskol’ko milliardov
rublej », Meduza, 25 août 2022, https://meduza.io/news/2022/08/25/ komanda-navalnogo-nashla-u-
semi-zamestitelya-shoygu-nedvizhimost-na-chetyre- milliarda-rubley.
(48) https://www.youtube.com/watch?v=dSHMow8Ijl8.
(49) https://www.geo.fr/geopolitique/un-rouble-vaut-un-centime-euros-la-monnaie- russe-continue-de-
chuter-suite-a-la-rebellion-de-wagner-215586.
(50) Solov’ev Vladimir, My i oni. Kratkij kurs vyživanija v Rossii, Moskva, Èksmo, 2007, p.189.